Le cycle d'Akaï
Publié le 21/01/2008 à 12:00 par highlex
Quelques jours plus tard, Alric passait chercher Akaï pour se rendre à la Cascade. Sur le chemin, il lui fit part de son embarras vis a vis de la situation dans laquelle il se trouvait : En effet, il passait aux yeux des garçons, comme des filles, pour un tisseur de rêve, ou pire, un naïf, au sujet de sa balade dans la forêt :
-Tu m’as raconter des choses, et j’y ai crus, j’en ai parlé, et tous se moquent de moi. Ses yeux mouillés étaient durs, un tremblement agitait le dessus de sa paupière droite.
Pour Akaï, se regard mettait en jeu la confiance et peut être la seule réelle amitié qu’il avait.
Il ne pu le soutenir. Il s’esquiva en esquissant un pas de danse, visiblement trop raide et s’efforçant de prendre un ton enjoué s’écria :
« -Comment, Alric mon seul ami, peux tu même concevoir l’idée que j’essaierai de te mystifier ? ?
- mais tu aurais toi même dit à Kelkif qu..
- Ce bestiau n’a rien compris, Bien sur que je suis rentré dans la forêt et je t’y emmène quand tu veux… Là au moins, il ne prenait pas de risque, son ami ne relancerai jamais une proposition pareille.
Mais le visage d ‘Alric s’était ouvert, si il fronçait encore les yeux, s’était pour évacuer les larmes qui avaient commencé à monter. Sa bouche se fendait d’un large sourire et son pas devint sautillant.
Lorsque arrivé au surplomb de la Cascade, il aperçut sur le Grand Rocher KelKif qui s’envolait dans un vertigineux plongeon, il laissa échapper un gloussement de plaisir à l’idée de le moucher. D’autant que la petite plage tout en bas était recouverte des corps peu vêtus des jeunes filles qui commentaient en continu les prouesses des garçons.
Akaï quand à lui reçut comme un coup au plexus.
Il rechercha son air pour entamer la descente, et son cerveau engagea dans le même temps l’élaboration d’une stratégie qui le tirerai de ce mauvais pas.
Il fallait avant tout éviter que ces deux là passent trop de temps ensemble.
Comme Kelkif extrayait de l’eau sa massive carcasse sur un rocher particulièrement bien exposé pour offrir à son public le spectacle de sa musculature en effort, Akai bouscula son ami, et tout en promettant La Grande Honte aux dernier à l’eau, il s’élança dans une course entre les rochers.
C’est lorsqu’il pris son dernier appuis sur une haute pierre et amorça son plongeon qu’il entendit tonner dans toute la Cascade la voix d’Alric qui faisait preuve à cet instant d’une puissance étonnante. Tandis qu’il cherchai à retrouver le sens de la remonté, Akaï comprit que son ami venait de passer à l’offensive.
L’espace d’un instant, il envisagea de rester sous l’eau, et peut-être ressortir plus en aval, vers les rapides. Puis ses poumons le rappelèrent douloureusement à l’ordre.. Lorsque sa tête émergea de l’eau, il entendit une fois encore la voie d’Alric rebondir contre les parois
« -…Alors voici l’occasion de tester ta bravoure Kelkif l’Obtus, nous partons sur le champs, oseras-tu nous accompagner ! ! ». Son ami fièrement perché sur son caillou brandissait un doigt vindicatif vers un Kelkif raide comme un piquet qui cherchait du regard le soutien de ses camarades.
Tous les yeux se fixèrent sur Akaï.
Il y eut un long silence au cours duquel il prit conscience d’une intense douleur qui cuisait la peau de son torse. Même le plus beau « plat »de la saison n’aurait pas suffit à provoquer ces regards ou se mêlait respect et crainte, doute et espoir.
Le tonitruant « Alors en route » que claironna Alric marqua le départ et toute la cascade se mis à grouiller d’une agitation extraordinaire pour cette chaude heure de l’après midi.
Akaï sortit de l’eau presque mécaniquement, ses bras le rhabillèrent, ses jambes l’entraînèrent sur la piste du départ, mais son esprit était, comme son regard, un gouffre de vide.
Il était incapable d ‘élaborer la moindre pensée.
Lorsque Alric le saisit aux épaules et les yeux victorieux lui annonça fort cérémonieusement que Le Moment était venu de prouver au monde…Akaï vit s’effondrer devant lui les quelques bases à partir desquelles il avait projeté son avenir.
Il se retrouva avec Alric en tête d’un cortège silencieux qui s’acheminait résolument vers la première brèche de l’Orée, près du domaine familiale. Derrière eux, un bon groupe de garçons s’était formé autours de Kelkif, et l’on y discutaillait fébrilement.
Sur le chemin, une fille quitta le rang en courrant vers une maison et en revint avec trois autres jeunes gens. Ils rigolaient fort lorsqu’ils rejoignirent la petite troupe, et la bonne humeur fut contagieuse. Kelkif se mis lui aussi à rire, et envoya à l’assemblée quelques boutades qui furent immédiatement contrées par un Alric rayonnant de cette force profonde que procure la confiance aveugle.
Akaï était sorti de sa torpeur, et la réalité représentait un mur immense, un pas devant ses yeux. Il s’imaginait une vie, dans la vallée, d’Akaï Le Fabulateur…Inconcevable ! L’idée de partir ne l’effleura même pas : La vallée était le monde, ailleurs n’était qu’un cortex de légendes ancestral, qu’on n’évoquait que pour effrayer les enfants turbulents.
Puis le calme revint, avec l’apparition des arbres au loin. La troupe s’avança jusqu’aux vestiges de Palissade, et forma un demi cercle autours des garçons de tête.
Devant les sourires moqueurs qui s’affichaient encore ostensiblement sur pas mal de faciès, Akaï eut un avant goût de ce qui l’attendait pour des cycles entiers s’il ne faisait pas face à la situation.
--
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par highlex
Etrangement, pour les membres de sa famille, il restait Akaï La Canaille.
Il savait au fond de lui que toutes Ses femmes l’aimait.
Il était le seul garçon de sa génération, et dans celle de ses mères il n’y en avait eue que deux. Autant dire que pour ceux de la Vallée, sa famille était particulièrement favorisée. Jyahihana, sa grand mère siégeait depuis déjà longtemps au Conseil des Matriarches, et nombreux étaient celles et ceux qui lui demandait audience entre les Conseils.
Les travaux des champs et de la maison étaient équitablement partagés par tous, et Akaï n’avait été invité à y participer que depuis deux cycles. Jusque là, et comme tous les enfants de la vallée, il avait jouie d’une très grande liberté dans les limites du domaine.
Tout jeune, il passait beaucoup de temps seul, ses oncles avaient 15 cycles de plus que lui, et s’ils lui témoignaient beaucoup d’affection, ils ne prenaient guère le temps de jouer avec lui.
Les jeux de ses sœurs l’avait assez vite lassé, et c’est dans son imaginaire qu’il avait trouvé un frère avec qui s’amuser. Il avait passé une période, lorsqu’il avait six cycles, durant laquelle il cru si fort à ce frère Kaïa qu’il le voyait réellement à ses cotés. Il lui gardait une place lors des repas et avait rajouté une natte dans sa chambre. Il avait intégré Kaïa au monde réelle et ne comprenait pas les réactions agacées de ses mères.
On l’avait amené dans la chambre de Jyahihana, c’était la première fois qu’il y entrait. Il se souvenait de grand dessins sur les murs et d’objets étincelants qu’il n’avait jamais vu ailleurs. Sa Matriarche lui avait parlé longtemps, il s’était réveillé sur sa natte, avec l’impression confuse de « voir plus large… ». Il fut dès lors persuadé que Kaïa était bien réelle, mais qu’il vivait dans un autre domaine. Il promis à son frère de le retrouver, quand il serait grand.
Mais bien qu’il eue oublié son serment depuis longtemps, Akaï gardait, aux yeux des siens, l’image d’un doux rêveur.
Leur domaine s’étendait sur les hauteurs du Versant Exposé, le long des Bois Obscures. Cette forêt était la sources de tant de contes sinistres, qu’elle inspirait aux habitants de la vallée une crainte séculaire.
Autrefois, on avait construit une grande palissade qui longeait les bois sur toute la crête du Versant, à quelques mètres des premiers arbres. Aujourd’hui, seuls quelques tronçons étaient encore debout, la plus grande partie moisissait sous une épaisse couche d’humus.
La vallée s’était développée sans les ressources des Bois Obscures. Le combustible provenait des déchets domestiques retraités dans les grandes Tourbières et suffisait largement aux besoins de la vallée. Le bois de construction provenait d’une futaie dont la gestion revenait au Conseil. Les matriarches n’autorisait l’abatage que lorsque les jeunes arbres étaient suffisamment forts. Ceci expliquait en partie le petite nombre de construction dans la vallée : lorsqu’une famille devenait trop importante, on lui accordait le bois pour agrandir sa maisons de quelques pièces.
Akaï avait grandi avec la forêt. Il avait joué près des morceaux de palissade derrière les quels il repoussait des hordes de monstres féroces. Ses sœurs n’aimait pas s’approcher si près des bois . La Pallissade devint son refuge personnel et les Bois Obscures, un gouffre d’inspiration pour son imaginaire déjà fertile.. Lorsque vers 13 cycles il put quitter le domaine il se rendit conte que la peur des Bois était largement partagée dans la vallée, et les plus terrorisé était ceux qui vivaient sur le petit versant, loin de l’autre coté de la rivière. Avec eux, il soignait particulièrement ses descriptions, il reproduisait le sinistre bruit du vent dans les arbres et gardait toujours dans sa manche quelques branchettes à casser au moment ou il les sentait près…De contes en fables, il en vint à raconter à un garçon, Alric qu’il était déjà entré dans la foret. Plusieurs décades passèrent avant qu’un autre garçon, KelKif qu’on savait plutôt têtu, pour ne pas dire obtus, aborda de nouveaux le sujet.
« Paraît qu’t’as été dans les bois » lui dit il en balançant le menton avait un violent ton de défis.
Ce gars, il venait de le croiser par hasard sur le chemin du Petit Pont et il ne l’appréciait pas particulièrement. Il n’avait ni le temps ni l’envie de construire une trame assez solide pour que ce crâne plat de Kelkif veuille bien avaler l’histoire. Ainsi esquiva-t-il le sujet en affirmant croquis à l’appuis, que vue l’emplacement de son domaine, il connaissait parfaitement les trois brèches de l’Orée pour s’y être souvent aventuré.
-Mais tu n’es pas rentré dans la forêt insista le lourd et Akaï laissa échapper son NON en démarrant vers la course qui l’appelait urgeament.
Publié le 19/01/2008 à 12:00 par highlex
« -Debout fainéasse ! ! », c’est sur cette injonction un peu rude qu’Akaï entrai de pleins pieds dans le Très Saint Jour du Passage. Il fit mine de lutter fermement contre la fatigue et présenta à sa sœur une face bouffie par le sommeil d’où s’échappai le murmure d’un « ça va, ça va… ».
Maîga prit tout de même le temps d’ouvrir le volet pour laisser les chauds rayons de ce Splendide Soleil du Passage inonder la chambre, et espérait-elle secrètement, illuminer le cœur de son athée de frère pour lui faire vivre ce jour avec tout le bonheur et toute la dévotion qu’il méritait.
Akaï s’étala sur la natte pour profiter du bain de soleil, et entreprit de tout doucement se mettre en mouvement. Réveillé, il l’était déjà depuis un bon moment. Comment aurait-il pu en être autrement avec le vacarme que produisait la famille depuis les premières lueurs de l’aube?
La maison était en ébullition, il pouvait suivre à l’oreille les mouvements de chacun. Ses sœurs avaient jacassé pendant des heures au puits du jardin, juste sous sa fenêtre, en pataugeant dans l’eau.
« C’est sûr qu’il y a du travail pour se faire belle » pensa –t-il, et la méchanceté de sa réflexion le surpris même un peu, il sourit.
Sa mère et ses tantes devaient être en train de finir la préparation du plat de Passage qui avait mijoté toute la nuit. Elles avaient veillé toutes ensembles dans la cuisine pour ajouter au moment de l’apparition de chaque étoile, l’ingrédient qui convient. Toute la nuit à discuter ! !
Akaï se félicita de ne pas avoir pris la chambre au-dessus de la cuisine, celle qui était pourtant si chaude avec le grand conduit de cheminé qui la traverse. Si il l’avait fait, il aurait finalement probablement passé sa nuit en bas. Comme ses oncles d’ailleurs ! Toutes les femmes de la vallée ayant sans aucun doute aussi passé la nuit dans leur cuisine, Loreil et Kriiss avaient joué à Igo jusqu’au couché du soleil, en fumant, et étaient allés dormir sagement dans la petite pièce du bas.
Pour Akaï, la soirée avait été tout aussi calme.
Depuis une dizaine de jours, rien n’existait en dehors des préparatifs du Passage.
Au début, Akaï s’était attaché à comprendre le sens de cette fête, qui, vu son jeune âge, était pour lui la première. Il questionna tout autant les anciens que les jeunes, pour arriver finalement à l’idée que personne ne savait vraiment pourquoi, mais il fallait faire la fête, et en être heureux, car c’est un grand moment, le Passage est la source de la vie, sans passage, plus de vallée…alors on doit se présenter, on doit manger à l’heure et être bien ouvert pour le Passage …
Les questions plus précises ne produisaient que les réponses de la foi la plus aveugle. « Demande aux matriarches », répondaient ceux que le scepticisme d’Akaï agaçait.
Trop insistant et prompt à philosopher sur l’étrangeté de la survivance d’us et coutumes d’un autre âge au cœur de la vallée, Akaï devint un gêneur qu’il convenait d’éviter pour ne pas perdre trop de temps. Il vit dans ce rejet l’expression de leur jalousie à son égard, et tout bouffi d’orgueil se refusa définitivement à participer à ce rite sans fondements.
Il passa les jours qui suivirent complètement seul.
« - Ils leur faut bien se raccrocher à quelque chose, se dit-il, cette vie à gratter la terre doit être bien triste ».
Lui, il était différent.
Lorsque ses sœurs cédèrent la place à sa mère et ses tantes, Akaï se leva prestement pour enfiler ses vêtements avant que ne s’abattent sur lui les remontrances des mères de la maison.. Il s’accorda tout de même un coup d’œil sur son corps dont il était plutôt fier. Certes, le gros nez épaté au milieu de sa figure ne faisait pas de lui un minet, mais âgé de seize cycles, ce corps fin et élancé était plus gracieux que ceux trapus et musculeux des hommes de la vallée. Depuis tout petit il impressionnait les autres par son agilité pour grimper aux fenêtres des filles.
Dans leur grande et haute maison, les femmes avaient dû clouer des petites cales sous leur fenêtre pour faciliter la tache à leurs visiteurs alors que lui savait grimper sur le toit depuis le mur du fond. Une fois il avait enlevé une cale au milieu du mur vers la chambre de Lisa, juste pour entendre le visiteur raller d’échouer si près du but…Comme jamais personne n’oserait aborder le sujet des visites devant sa famille, Akaï avait cru qu’il jouissait pour ces farces, d’une impunité parfaite. Ce n’est qu’après deux soirées de visites, à ne trouver que des fenêtres fermées qu’Akaï pris vraiment conscience de l’influence de ses sœurs dans la vallée.. Il fit amende honorable en couvrant sa sœur Lisa d’attention durant quelques jours, sous les railleries moqueuses des femmes de la maison. Ses visites suivantes furent pleines de bonnes surprises.
Il finit de s’habiller, se dirigea vers les cuisines qui devaient normalement être vides. En traversant la grande salle il croisa Gaêllia qui bataillait avec son gros ventre pour nouer des rubans sur ses chausses. Il allait lui proposer de l’aider lorsqu’elle lui cracha un « -Personne dans la cuisine ! ! », comme seul le cerbères attitré de cette porte pouvait le faire. Il fit mine d’avancer quand même lorsque de la jolie bouche de cette bientôt mère jailli un « MAMMMAAAN » qui fit aussitôt tourner les talons à Akaï.
Dehors il s’assit sur une pierre, son ventre émis de douloureux gargouillis, et plier en deux, il maudit cette coutume débile qui empêche de manger le jour avant le Passage.
Hier soir, ça allait encore, mais aujourd’hui, il savait que mijotait sur la cuisinière un plat qu’on ne déguste que tous les trente cycles. Tous les témoignages confirmaient l’exquise douceur du met et l’unique plaisir qu’il procure.
Et lui, Akaï le Chasseur, devrait attendre dans la faim que le conseil des matriarches veuille bien autoriser le peuple à manger ? ?
« Akaï le Chasseur », il aimait se le répéter, d’autant que ce titre était le sien depuis peu. Le temps que l’information ait fait le tour de la vallée, il s’était rendu compte que ses rapports avec les gens avaient changé. Les jeunes garçons de son âge, les copains de la région qu’il rencontrait le soir, sur le trajet d’une visite, ou sous la fenêtre d’une fille avaient à son égard une sorte de méfiance respectueuse. Alric, avec qui il passait souvent du temps à fumer l’herbe emprunté à ses oncles, lui avait avoué qu’être le copain du Chasseur était une source de fierté pour lui.
Il était gourmand de détails et demandait à Akaï de lui décrire minutieusement toutes les étapes d’une Chasse. Il pouvait l’écouter raconter pendant des heures, il frissonnait à l’annonce du danger, gémissaient à la description des monstrueuses bêtes sauvages, il participait en excellent public à toutes les aventures d’Akaï. Nul doute qu’être le biographe du Chasseur devait lui ouvrir des fenêtres. Souvent dans les visites, des filles demandaient à Akaï s’il était vrai qu’il avait vu telle ou telle animal, et lui, confirmait en rajoutant des détails et des aventures au gré de son public. Par deux fois il faillit même se faire surprendre dans une chambre après le lever du soleil, c’était chez Leïllha, elle était tellement mignonne, tellement naïve…
Une fois alors qu’on l’avait envoyé au Carrefour du Pont pour acheter du Soya, deux hommes d’âge mur l’avaient montré du doigt alors même ou il venait de glisser dans sa manche une boulette au suc Ayawwask.
En les voyant arriver, il repassa mentalement son petit discours de circonstance, celui qui décrit comment le bracelet de corde s’est détaché du poignet pour tomber dans le bac de suc, mais le plus gros lui cilla la langue en lui offrant une poignée de boulettes avec un sourire et un hochement de tête. L’autre lui attribua un « bon garçon ! » en le priant de transmettre les salutations de Garald et Frenji à ses mères. Akaï n’aurait su dire s’ils l’avaient vu chaparder le suc, mais le fait d’avoir été considéré de la sorte suffisait largement à l’emplir d’une émotion qui lui gonfla le torse et opéra, dans sa démarche un léger allongement du pas.
Sur le retour, Akaï se raconta plein d’histoires dans lesquelles il jouissait d ‘un statut au dessus de la masse, ou les hommes avaient peur de lui et achetaient sa protection avec de grands sacs pleins de boulettes.
Il se voyait déjà dans une petite hutte devant laquelle les femmes feraient la queue pour rentrer, lorsque sa tante Atéa le ramena à sa réalité familiale : Il avait beaucoup trop traîné en route, et les jumelles d’un demi cycle braillaient en duo pour réclamer leur repas. Atéa fonça sur lui, arracha le sac de soya de ses doigts et se retourna si brusquement que sa longue et fine tresse de cheveux fouetta sèchement le visage d’Akaï. Une boule se forma au niveau de son estomac, une sourde fureur se mit à bouillonner le long de ses tympans, et au moment ou il allait hurler au monde entier qu’il était Akaï Le Grand Chasseur, il vit qu’il était seul dans la cours, sa tante était rentrée sans lui témoigner la moindre attention.
Assise près du mur ; Maîmouna avait assisté à la scène en tripotant une petite chenille verte. « -Akaïyounet s’est fait gronder ! !» chantonna-t-elle à son grand frère. Lorsqu’il s’élança vers elle, elle disparut par le fenestron des caves en soufflant très fort avec la langue dehors…